« Seize the day » qui s'échappe des enceintes. Le froissement d'ailes des hirondelles qui se pavanent sur la gouttière. Au détour de quelques rues, le bruit de l'agitation citadine. Les talons qui se déhanchent sur le pavé, les klaxons qui répondent aux feux rouges.
4ème étage. Vue sur les toits de la ville. Intérieur jour. Mon regard qui se pose au-delà de la fenêtre entrouverte.
Au troisième étage, le jeune homme enchaîne clope sur clope au bout des doigts. Son balcon s'est paré d'une constellation de cendriers. Au second, il y a le saxophoniste. Son tourne disque n'en finit pas de nous jouer ses morceaux favoris. Au premier on quitte les lieux. Et au rez-de-chaussée, il y a la concierge qui fredonne en permanence une chanson de Piaf.
18 heures. Des lumières s'allument dans les salons et les cuisines. Je reste là, à regarder, à observer. Le panoramique d'abord, le détail ensuite.
Les derniers rayons de soleil s'agrippent à ma peau. Le temps s'est soudainement arrêté sur le rebord de ma fenêtre. Les souvenirs s'agitent dans mon esprit, et mes pensées s'évaporent au rythme de la cigarette qui se consume au coin de mes lèvres. Tous ces visages, que je dévisage. Toutes ces images que j'envisage.
L'air frais de ce début de soirée stimule ma réflexion. Les mots coulent au fond de ma gorge. Et la cendre me brûle les doigts.
20 heures. La rue s'illumine, puis s'anime. J'aperçois deux ombres qui s'enlacent, oubliant les passants. Les effluves des fast-food environnants rampent vers le ciel. Le paysage nocturne s'est hissé au-dessus de nos têtes fatiguées.
Le jeune homme du troisième arrive au bout de son paquet et les cendriers débordent. On devine le talent de Chet Baker au deuxième. Au premier, une porte qui claque, définitivement. Et sur la terrasse du rez-de-chaussée, je m'amuse du spectacle que nous offre la concierge déjà ivre.
23 heures. Les pas s'affolent sur le bitume, et des éclats de rire résonnent au sein des ruelles étriquées. La nuit étend son ciel étoilé à l'infini. Je contemple les astres. Puis le froid a raison de moi. Un dernier regard en bas. Les lampadaires rivalisent de splendeur, et de solitude. Fenêtre fermée, rideau tiré.
Minuit. Je noie mon corps dans la pénombre de l'appartement. La fatigue supplante toutes les autres sensations. Je me glisse délicatement sous les draps. Trois étages plus bas, la concierge s'assoupit, le sourire au pied du lit. Le studio du premier demeure inhabité. Le musicien a coupé le son, et rangé sa partition. Le jeune du troisième avale sa dernière bouffée de nicotine. Et mes yeux à demi clos se ferment alors complètement. Noir sur ces extraits de vie. Fin d'une journée ici.
T.